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  • « Une bataille après l’autre », « La Voix de Hind Rajab », « Les enfants vont bien », « L’Inconnu de la Grande Arche », « Lesbian Space Princess » et d’autres films encore

    Une bataille après l'autre.jpg4 étoiles. « Une bataille après l’autre ». Ancien révolutionnaire, Bob vit en marge de la société avec sa fille Willa qui est née 16 ans auparavant de sa relation avec Perfida qui militait au sein du même groupe que lui. Mais cette dernière ayant préféré poursuivre ses activités révolutionnaires, Bob a élevé seul sa fille dans la crainte que son ennemi juré de l’époque, le capitaine Lockjaw, refasse surface. Cette peur se concrétise quand Willa disparaît. Bob remue alors ciel et terre pour la retrouver, affrontant pour la première fois les conséquences de son passé.

    « Une bataille après l’autre » (nommé à 13 reprises pour les Oscars 2026 !), malgré quelques facilités scénaristiques, est un grand film. Brillamment interprété et mis en scène, rythmé du début à la fin (on ne voit pas passer les 2h40) avec un suspense omniprésent, cette comédie dramatique porte bien son nom car le long-métrage de Paul Thomas Anderson est à la fois drôle, émouvant et terrifiant. Portrait de l’Amérique d’aujourd’hui, le film fait écho à la politique de Trump et de l’élite qui le soutient. Et ça fait froid dans le dos.

    La voix de Hind Rajab.jpg4 étoiles. « La Voix de Hind Rajab ». 29 janvier 2024. Les bénévoles du Croissant-Rouge reçoivent un appel d’urgence. Une fillette de six ans est piégée dans une voiture sous les tirs à Gaza. Tout en la gardant en ligne, ils entreprennent des démarches très compliquées et chronophages pour obtenir de l’armée israélienne une route sécurisée pour l’ambulance qui devrait venir à sa rescousse.

    « La voix de Hind Rajab » se situe entre le documentaire et la fiction : ce sont des comédiens qui interprètent les bénévoles du Croissant-Rouge, quand bien même on peut voir furtivement vers la fin les vrais humanitaires filmés par leurs collègues avec un téléphone portable, mais la petite fille n’est présente à l’écran que par sa voix. Ce choix de la réalisatrice évite au film de tomber dans le pathos. Et c’est tant mieux car la charge émotionnelle est suffisamment forte sans devoir en ajouter en montrant des images qui auraient pu vite devenir insoutenables et détourner le public de voir un film nécessaire par ce qu’il montre : l’horreur de la guerre et, le plus souvent, l’impuissance à sauver des innocents qui ont eu pour seul tort d’avoir été là où il ne fallait pas. Déchirant.

    Les enfants vont bien.jpg4 étoiles. « Les enfants vont bien ». Quand Suzanne sonne à la porte de sa sœur Jeanne avec ses deux enfants de 9 et 6 ans sans l’avoir prévenue auparavant de sa visite pour qu’elle les héberge pour la nuit, cette dernière est pour le moins surprise, la relation entre les deux sœurs étant distante. Le lendemain, au réveil, Suzanne est introuvable. Jeanne découvre, sidérée, le mot où elle lui confie ses enfants. Elle se rend alors à la police pour signaler la disparition de sa sœur et pour que des recherches soient entreprises. Mais il n’en sera rien, Suzanne ayant décidé de disparaître volontairement.

    « Les enfants vont bien » est un drame familial, contrairement à ce que laisse entendre son titre. Mais s’il est positif, c’est parce que l’intérêt des enfants est au cœur du film. C’est ce qui donne la force à Jeanne, mère de substitution à ses dépens, pour avancer, entre espoir que sa sœur revienne et conséquences quand l’absence se prolonge pour elle, son neveu et sa nièce. C’est ce bouleversement qui est filmé avec une grande délicatesse aussi bien lors des gestes du quotidien que lors de scènes plus fortes avec la juge, le gendarme ou encore l’ex-femme. Porté par une distribution formidable, Camille Cottin et les deux jeunes acteurs en tête, « Les enfants vont bien » touche par la grande humanité qui s’en dégage.

    l'Etranger.jpg4 étoiles. « L’Etranger ». Alger, 1938. Meursault, la trentaine, modeste employé, enterre sa mère sans manifester la moindre émotion. Le lendemain, il entame une liaison avec Marie, sa collègue, comme si de rien n’était. Mais son voisin, un homme peu recommandable, va bousculer son quotidien en l’entraînant dans des histoires louches qui vont le conduire à un drame sur une plage qui va à jamais changer sa vie.

    Adapté du célèbre roman d’Albert Camus, le film de François Ozon est une réussite sur le plan formel. Le choix du noir et blanc pour des raisons esthétiques est des plus judicieux car il met en lumière le personnage ombrageux de Meursault, dont la vie va basculer à cause du soleil. Remarquablement interprété par Benjamin Voisin tout en retenue pour donner corps à cet antihéros à la fois mystérieux, fascinant et agaçant, le film, selon les propos de son réalisateur, « ne donne pas de réponse, mais provoque des sensations. Il propose une expérience sensorielle. » On ne saurait dire mieux. Mais pour apprécier à sa juste valeur cette expérience, il faut se laisser emporter par le rythme lent, particulièrement au début, qui fait écho au mode de vie de Meursault et au regard qu’il porte sur le monde.

    La Petite Dernière.jpg3 étoiles. « La petite dernière ». Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue dans une famille avec ses deux sœurs, sa mère et son père. L’atmosphère familiale est joyeuse et aimante. Fatima est également croyante. Alors qu’elle intègre une fac de philosophie à Paris, elle tombe amoureuse d’une femme avec comme conséquence une remise en question profonde de son identité, notamment en lien avec sa foi.

    Le film adapté du roman de Fatima Daas prend son temps pour suivre l’évolution de son personnage principal. Parfois un peu trop. Mais quand l’ennui guette, une scène forte se produit, à l’image de la quête de Fatima qui passe par des hauts et des bas, mais sans aucune violence physique à son encontre, c’est à souligner. Portée par une actrice formidable, Nadia Melliti, dont c’est le premier rôle et prix d’interprétation à Cannes, « La Petite Dernière » séduit par sa pudeur, sa sensibilité et sa délicatesse, trois qualités merveilleusement illustrées par l’avant-dernière scène du film entre Fatima et sa mère.

    Un simple accident.jpg3 étoiles. « Un simple accident ». Iran, de nos jours. Vahid, un ouvrier qui porte assistance à une famille dont la voiture est en panne suite à un simple accident, croit reconnaître celui qui l’a autrefois torturé en prison grâce au son de la jambe mécanique du conducteur. Il décide d’en avoir le cœur net en l’enlevant avec comme intention de lui faire payer ce qu’il lui a fait subir. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe.

    Palme d’Or du Festival de Cannes 2025, « Un simple accident », tourné de manière clandestine, est une critique du régime iranien. Il est inspiré de la deuxième expérience carcérale du réalisateur entre juillet 2022 et février 2023 au cours de laquelle il a partagé le quotidien d’opposants politiques, d’ouvriers arrêtés pour avoir réclamé leur salaire ou encore de femmes refusant de porter le voile. Oscillant entre tragédie et comédie noire, le film, malgré son sujet qui ne peut que retenir l’attention par ce qu’il dénonce et sa mise en scène qui fait d’une camionnette une sorte de tribunal ambulant, ne convainc pas totalement en raison de ce parti pris par moment peu crédible.

    Lesbian Space Princess.jpg2 étoiles. « Lesbian Space Princess ». Princesse de la planète Clitopolis, espace de bien-être absolu lesbien, Saira n’en mène pas large. Sa bien-aimée Kiki, qui aligne les conquêtes, l’a quittée pour de bon alors qu’elle imaginait faire sa vie avec. Mais quand Kiki est enlevée par les « Straight White Maliens » (Les Hommes Blancs Hétérosexuels), Saira s’embarque dans une aventure inter-gay-lactique pour sauver son ex et, pourquoi pas, son histoire d’amour. Mais les problèmes techniques de son vaisseau et la rencontre avec Willow, une pop-pop gay en fuite, vont changer la donne.

    A la lecture de ce synopsis, on aura compris que cette comédie d’animation fantastique ne fait pas dans la dentelle pour mener cette princesse peu sûre d’elle-même sur le chemin de l’épanouissement personnel. Sur sa route, elle rencontrera, notamment, des hommes hétéros caricaturaux, mais peut-être pas tant que ça. Si on se laisse embarquer au début par le film grâce à son rythme soutenu et à son humour décapant, il n’en est plus de même à partir du moment où Saira quitte sa planète. L’effet de surprise passé, et même si l’on rit parfois encore de bon cœur à certaines scènes, l’ennui s’installe devant la répétition des mêmes schémas.

    L'Inconnu de la Grande Arche.jpg2 étoiles. « L’Inconnu de la Grande Arche ». En 1983, François Mitterrand lance un concours d’architecture international pour la réalisation de la Grande Arche de la Défense. A la surprise générale, c’est un architecte danois inconnu qui l’emporte. Du jour au lendemain, cet homme de 53 ans, qui n’a construit dans sa vie que sa maison et quatre églises, est propulsé à la tête de ce chantier pharaonique. Et s’il entend bâtir la Grande Arche telle qu’il l’a imaginée, il va vite être confronté à des obstacles aussi bien opérationnels que politiques.

    « L’inconnu de la Grande Arche » est un film indéniablement instructif. La confrontation entre la vision sans concession de l’architecte pour « l’œuvre de sa vie » et la réalité à laquelle il doit sans cesse faire face ne manque pas d’intérêt, en tout cas dans un premier temps. En effet, si l’on peut comprendre que l’architecte veuille construire le monument tel qu’il l’a rêvé, son intransigeance finit toutefois par peser sur le film, malgré d’excellents seconds rôles, avec des scènes qui ont tendance à se répéter. Au final, un film intéressant, à la froideur assumée compte tenu du contexte dans lequel il se déroule et donc sans émotions.

    5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire, 0 étoile : à éviter